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jeudi 5 avril 2012

Smokey Joe's Café - The Robins (1955)

On my way to sunny California #2


Anciens protégés de Johnny Otis (chef d'orchestre de jazz et de rhythm'n'blues, et figure influente de la scène musicale du Los Angeles des années 40 et 50), les Robins étaient, au début de la décennie qui vit naître le rock'n'roll, l'une de ces nombreuses formations de doo-woop à écumer les labels de LA désireux de profiter de l'engouement du public pour ce style musical.

Leur chance vint de leur rencontre avec deux jeunes auteurs juifs fanatiques de musique noire: Jerry Leiber et Mike Stoller.
Ces deux-là furent la paire magique de l'âge d'or du rock'n'roll ("Hound dog" popularisé par Elvis Presley, "Jailhouse rock" pour le même, "Stand by me" pour Ben E. King...), et quand ils montèrent leur propre label Spark en 1954, ils enrôlèrent assez logiquement les Robins avec qui ils avaient déjà travaillé auparavant (ils furent même les premiers à avoir enregistré l'une de leur composition, "That's what the good books say" (1951) avec Johnny Otis au vibraphone).

Les Robins enregistrent plusieurs titres pour Spark, obtenant parfois des succès locaux comme avec le désormais célèbre "Riot in cell block #9" (1954) écrit lui aussi par Leiber & Stoller (pour la petite histoire, c'est le créateur du standard "Louie Louie" (1957), Richard Berry, alors chanteur des Flairs et de passage dans le studio, qui chante la voix principale).

Enregistré en 1954, "Smokey Joe's Café" est publié en 1955 et sera le dernier disque du label.
En effet, Ahmet Ertegün, fondateur d'Atlantic Records, impressionné par le morceau, propose à Leiber & Stoller de devenir producteurs pour sa filiale Atco Records, qui ressort "Smokey Joe's Café" dans la foulée, lequel, à présent correctement distribué, se hisse à la 7 ème place du Billboard Top 100.

Deux des Robins, Carl Gardner et Bobby Nunn, suivent leurs bienfaiteurs chez Atlantic et forment The Coasters avec Billy Guy et l'ex-Hollywood Flames Leon Hughes, mais il s'agit là d'une autre histoire...



Membres originaux:
Bobby Nunn
"Ty" Terrell Leonard
Billy Richard
Roy Richard
Grady Chapman (depuis 1953)
Carl Gardner (depuis 1954)

Label: Spark

Disponible sur  "Leiber & stoller presents... Spark records story"

Une reprise par Buddy Holly, une autre par Loudon Wainwright III

Plus d'infos sur les Robins ici
Bobby NBunn

mardi 3 avril 2012

Earth Angel - The Penguins (1955)

On my Way to sunny California #1


Considérée par beaucoup comme le chef d'oeuvre du doo-woop, "Earth angel" est à l'origine la face B de "Hey senorita" des Penguins sorti à en 1954. Préférée à la face A par les DJ de l'époque, cette petite pépite vocale se fraya bien vite un chemin jusqu'à la première place du Billboard R&B en 1955 (#8 au classement général)!

Dans la musique noire américaine des années 50, le doo-woop est roi: la rumeur veut que pas moins de 15 000 groupes ont sorti au moins un disque de doo-woop durant cette décennie!
Les Penguins de Los Angeles sont donc l'un de ces nombreux groupes de jeunes noirs enthousiasmés par ce style de musique qui accompagna la naissance du rock, et qui mélangeait rhythm & blues, gospel et hymnes religieux blancs.

C'est lors de son bref passage chez les Hollywood Flames que Curtis Williams compose "Earth Angel", qu'il apporte en dot à son nouveau groupe, baptisé d'un nom d'oiseau comme beaucoup d'autres formations depuis le succès des Orioles ("It's too soon to know" 1948) qui balisa la route du doo-woop. Mais pourquoi un pingouin? A cause de celui qui figure sur les paquets de cigarettes Kool, car le groupe se voulait "cool"...

Plus ou moins (cela dépend des versions de l'histoire et des différents pressages du disque) co-écrite par Gaynel Hodge (Hollywood Flames) et Jesse Belvin (dont on reparlera), la chanson, dans sa forme finale, est un savant mélange qui s'inspire de certaines compositions précédentes (à commencer, comme pour beaucoup d'autres, par le classique "Blue Moon" de Rodgers & Hart (1935), mais aussi par les plus proches "Dream Girl" de Jesse & Marvin (1953), "These Foolish Things Remind Me Of You" des Dominoes (1953), ou "I know" des Hollywood Flames (1953)...) tout en leur donnant un nouveau souffle.
 Le doo-woop n'est-il d'ailleurs pas, par essence, qu'un jeu d'imitation qui consiste à chanter et rechanter toujours la même chanson?

Seulement, après les Penguins, difficile de faire mieux, et comme le souligne Philippe Auclair dans le Dictionnaire du Rock, "toutes les ballades doo-woop, sans exception, aspirent à être l'"Earth angel" des Penguins".

Eux-même se firent d'ailleurs prendre à leur propre jeu, et ils n'eurent aucun autre hit.

Le mot de la fin reviendra à Frank Zappa, grand amateur de doo-woop, qui leur offrira en 1963 le nostalgique "Memories of El Monte", hommage pastiche de leur unique heure de gloire...



Membres originaux:
Curtis Williams (1934 - 1979)
Cleveland Duncan (1935)
Dexter Tisby (1935)
Bruce Tate (1937 - 1973)

Label: Dootone, label fondé en 1951 par Dootsie Williams à Los Angeles

Disponible sur cette compilation

152ème meilleure chanson de tous les temps (classement Rolling Stone)
figure dans le National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès

The Crew Cuts, qui la reprirent dès 1955, eurent plus de succès que l'originale: eh oui, ils étaient blancs!


Paroles et anecdotes